Faut-il encore retourner, labourer la terre ?

Le labour, technique agricole qui consiste à ouvrir et à retourner généreusement le sol et plus particulièrement la couche arable du sol – entre 20 et 40 centimètres – en vue de l’ensemencer par la suite, se pratique depuis la nuit des temps. Pourtant, dans un contexte écologique et économique tendu où bon nombre d’agriculteurs et de scientifiques s’interrogent, l’utilité du labour semble faire couler beaucoup d’encre. Faut-il oui ou non continuer à labourer ? Existe-t-il des alternatives de substitution au bêchage en profondeur ?

À quoi sert le labour ?

Le labour comporte plusieurs avantages. Il permet en effet d’aérer et de restructurer le sol, de contrôler l’enherbement et de réduire le développement des adventices pérennes, d’enrichir le sol en matière organique par enfouissement des résidus de récole, de lutter contre les ravageurs en détruisant les nids et leur habitat, mais aussi de combattre les pathologies végétales en créant une rupture dans les cycles de reproduction des organismes pathogènes.

Quelles sont les techniques agricoles sans labour ?

Le sol est d’une grande fragilité à l’image de notre peau. Inutile donc de gaspiller son énergie à labourer tant cette action est perturbatrice. D’autres techniques culturales dites simplifiées sont à privilégier

Mieux vaut utiliser un décompacteur, recourir à des paillis ou des végétaux couvre-sol, cultiver des engrais verts, procéder à la rotation des cultures pour améliorer et préserver la nature du sol. Autant d’exemple de techniques qui font partie de l’agriculture dite « de conservation » ou « agriculture écologiquement intensive ».

Quels sont les inconvénients d’un labour classique ?

En dépit des nombreux bénéfices résultant du labour classique. Cette technique présente bien des inconvénients. 

Le sol est un écosystème fragile, c'est un capital à préserver. En son sein vit une pédofaune – appelée également faune du sol et, est composée de vers de terre, d’arthropodes, de protozoaires, de nématodes notamment – assez impressionnante. En effet, le sol grouille de milliards d’organismes. Même si cette pédofaune varie d’une saison à l’autre, d’un sol à l’autre, son poids est néanmoins estimé à 2.5 tonnes à l’hectare en moyenne. Et, certains sols enrichis en fumier, en compost ou en résidus de récoltes, ce poids peut atteindre les 5 tonnes ! Chacun présente un rôle fondamental et sans cette activité biologique le sol devient moins fertile. 

Le bêchage en profondeur favorise l’érosion de cette biodiversité existante dans le sol et diminue leur présence. La plupart ne peuvent subsister qu’en profondeur, loin de la lumière et le fait de bécher créer des conditions impropres à leur survie. Pire, la création de conditions anaérobies favorise la destruction de champignons bénéfiques et par voie de conséquence permet la prolifération de nématodes nuisibles aux cultures. En parallèle, le sol se dessèche plus vite, devient moins résistant à la sécheresse et se fendille facilement à la belle saison. Le labour compacte aussi les couches profondes du sol, altérant et diminuant la matière organique de surface. Un sol fragilisé plus enclin à l’érosion et au ruissellement des eaux de pluie. Des perturbations engendrées par un retournement du sol qui devient moins fertile où les échanges gazeux indispensables aux cultures sont réduits à minima et pour lequel, le recours aux engrais, aux pesticides et autres produits chimiques de lutte contre les ravageurs sont nécessaires. Produits dont la nocivité sur l’homme et l’environnement ne sont plus à démontrer

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *